JUDITH LEVY : CO-FONDATRICE DE MÊME
Atelier Nubio - 09/10/2025
Présentation de MÊME
MÊME est la première marque dermo-cosmétique dédiée aux personnes concernées par le cancer. Depuis février 2017, MÊME conçoit des soins destinés à prévenir et à atténuer les effets secondaires des traitements anticancéreux sur la peau.
Développés avec des femmes sous traitement et soumis à une charte de formulation très stricte, les produits MÊME répondent aux besoins spécifiques des peaux fragilisées (cuir chevelu irrité, syndrome mains-pieds, ongles noircis…). Ils sont associés à des textures douces et agréables.
Interview avec Judith, cofondatrice de MÊME Cosmetics, aux côtés de Juliette.
Où sont vos racines ?
Comme pour chacun, elles se trouvent dans nos familles respectives. MÊME, c’est l’histoire de ma maman, de celle de Juliette, de ses tantes… C’est aussi celle de toutes les rencontres incroyables que nous avons faites depuis cinq ans. À l’époque, nous n’avons pas pu aider nos proches comme nous l’aurions voulu. Aujourd’hui, nous prenons notre revanche en consacrant toute notre énergie à ce projet, qui vient en aide aux familles touchées par la maladie.
Que faisiez-vous avant de créer MÊME ?
Juliette a étudié à HEC et à Sciences Po Paris, et j’ai suivi une formation à Strate, École de Design à Paris. Nous nous sommes rencontrées lors de nos stages de fin d’études dans une grande marque de cosmétiques. Le courant est tout de suite passé. Je lui ai rapidement parlé de mon histoire et de mon projet, et elle a immédiatement compris. Nous avons décidé de nous lancer ensemble.
Quand avez-vous su que MÊME serait le projet qui vous ferait vibrer ?
Le déclic a eu lieu lors de la présentation de mon projet de fin d’études à Strate — une première ébauche de MÊME. Ce qui était au départ une initiative très personnelle a suscité un écho fort auprès du jury, qui se reconnaissait dans les problématiques abordées. J’ai compris que le besoin était réel et universel. En rencontrant Juliette, il est devenu évident que nous formions une équipe complémentaire pour concrétiser cette idée.
Quel a été l’obstacle principal au lancement de MÊME ?
Le financement. Développer des produits et les tester cliniquement sur des personnes sous traitement anticancéreux représente un coût très élevé. Nous ne pouvions pas lancer la marque sans garantir des produits parfaitement adaptés. Heureusement, certaines personnes ont cru en nous et ont accepté d’être rémunérées uniquement une fois la marque lancée. Sans elles, MÊME n’aurait jamais vu le jour.
Les cosmétiques conventionnels peuvent-ils être nocifs ?
Peu d’éléments sont aujourd’hui prouvés scientifiquement, et la réglementation européenne est stricte : les ingrédients reconnus comme nocifs sont interdits. Cependant, de nouvelles découvertes émergent régulièrement, et certains actifs sont progressivement retirés. Cela peut susciter de la méfiance. Globalement, nous sommes de plus en plus sensibilisés à l’intérêt d’utiliser des ingrédients d’origine naturelle. Chez MÊME, en raison de la fragilité de notre public, nous avons été précurseurs dans une approche « clean ».
En quoi les produits MÊME sont-ils adaptés aux femmes atteintes de cancer ? Et en rémission ?
Les traitements anticancéreux affectent fortement le cuir chevelu, la peau, les ongles et les cheveux. La perte de cheveux, par exemple, est à la fois une épreuve psychologique et un inconfort physique (démangeaisons, port de perruque difficile…). Nos produits sont conçus avec et pour ces femmes. Ils sont testés cliniquement afin de garantir leur tolérance et leur efficacité sur des peaux fragilisées. Ils sont également pensés pour s’intégrer facilement dans un quotidien déjà perturbé. Par exemple, notre brume pour le cuir chevelu est légère, non grasse, et utilisable à tout moment. Ils conviennent aussi parfaitement aux personnes en rémission, voire à toute personne souhaitant adopter des soins doux et sûrs.
Qu’est-ce qui vous motive à continuer avec autant d’exigence ?
Nous recevons chaque jour des messages de femmes, de proches, de personnes en rémission… qui nous remercient pour l’aide apportée. Ces témoignages sont extrêmement forts et nous poussent à aller toujours plus loin, à faire toujours mieux.
Quel a été votre moment de plus grande joie ou de soulagement ?
L’un des moments les plus marquants a été la rencontre avec notre premier laboratoire. Son directeur, touché par notre histoire, a accepté de lancer la production de nos premiers produits avec un délai de paiement illimité. Cela nous a permis de démarrer sans disposer des fonds nécessaires. Sans lui — et d’autres soutiens — MÊME n’existerait pas aujourd’hui.
Quels sont les principaux effets secondaires des traitements anticancéreux ?
Au-delà de la perte des cheveux (alopécie), les traitements assèchent fortement la peau et la rendent plus sensible au soleil. Les ongles deviennent fragiles, peuvent noircir, voire tomber. Les mains et les pieds peuvent être touchés par le syndrome main-pied, rendant certains gestes du quotidien difficiles. Les muqueuses sont également affectées. Par ailleurs, les traitements peuvent entraîner des nausées, une altération du goût et de l’odorat, des douleurs articulaires et une grande fatigue.
Prendre soin de sa beauté pendant la maladie est-ce essentiel ?
Oui, car c’est l’un des rares leviers d’action dont disposent les patientes. Dans un quotidien rythmé par les soins médicaux, prendre soin de soi aide à préserver le moral, l’estime de soi et le sentiment de contrôle. Nous sommes convaincues que cela contribue aussi à mieux vivre la maladie.
Quels dispositifs aident les femmes à se réapproprier leur corps ?
Les soins de support se développent de plus en plus dans les hôpitaux : socio-esthéticiennes, socio-coiffeurs, psychologues, associations… Les initiatives sont nombreuses, mais parfois encore méconnues.
Quel message souhaitez-vous transmettre aux femmes touchées par le cancer ?
Notre mantra préféré :
« La vie, ce n’est pas d’attendre que l’orage passe, c’est d’apprendre à danser sous la pluie. » — Sénèque
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